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Espagne-Portugal : une culture ibérique



Après le Derby de la dette, il s’agissait du Derby ibérique opposant l’Espagne contre le Portugal en demi-finale. Si les deux équipes se connaissent bien, les deux pays de la péninsule restent bien souvent méconnus. À l’image de Cristianno Ronaldo qui ne pouvait saluer ses partenaires du Real Madrid hier, l’Espagne et le Portugal sont souvent considérés comme « meilleurs ennemis ». Avec une situation géographique similaire, une histoire coloniale et dictatoriale semblable, et une situation de crise économique actuelle, les deux états multiplient les ressemblances. Or, ceux-ci partagent aussi une culture commune. Outre, la chaleur, le vin et les terrasses de l’Europe du Sud, les deux pays ont joué un rôle important dans la diffusion d’une culture mélancolique en Europe.

En effet, loin du soleil éclatant du sud de l’Espagne, celle-ci s’impose comme symbole de la mélancolie classique au cours du XVIIe siècle. Alors que partout en Europe, les Lumière érigent la raison comme nouvelle religion séculaire. Le roman de Don Quichotte écrit par Miguel De Cervantes en 1605 et 1615 met en relief une culture mélancolique toujours présente en Europe. Oscillant entre un roman de type médiéval et une œuvre d’époque moderne, Don Quichotte, pièce maîtresse de la littérature espagnole, est avant tout considéré comme un roman mélancolique. De fait, le personnage principal, désillusionné par sa propre réalité et idéaliste dans l’âme, décide de conquérir l’Espagne à cheval. À l’heure où la raison prévaut plus que tout, Don Quichotte incarne la folie mélancolique, la perte de la raison. « On ne comprend jamais le XVIIe siècle sans passer par cette figure tutélaire, cette vigie qui est à l’ouverture du siècle, la transition entre Renaissance et l’âge baroque, qui est Don Quichotte. Don Quichotte est un grand mélancolique, un hypocondriaque, un personnage qui peuple l’univers de fantaisie et de fantasmes qui sortent de son idée fixe, qui est le livre. » [1] . Ainsi Don Quichotte devient l’incarnation de celui qui s’ennuie et part à la recherche d’une vie absente.

Si l’Espagne excelle dans l’art littéraire de la mélancolie, au Portugal s’est dans l’art musical que celle-ci prend forme. Au XIX siècle, le fado, chant mélancolique portugais, devient peu à peu source d’identité territoriale dépassant les particularités régionales. Devenu chant national sous le régime de Salazar, celui-ci s’écoute comme une longue complainte nostalgique. Bien que les origines du Fado sont incertaines, ce que l’on appelle « la poésie du fado » : la saudade est elle aussi intraduisible. Ce terme, que l’on pourrait comparer à un mélange de spleen et d’idéal chez Baudelaire ou encore à la notion allemande de Sehnsucht, peut se définir comme une sublimation d’un passé que l’on attend encore. À l’image des marins portugais partis au Brésil, il y a cet ennui d’une terre que l’on cherche en vain, « un manque habité » [2] . Ce sentiment, indéfinissable en des termes précis, est si intimement lié à la culture portugaise et à ces anciennes colonies, que la saudade est officiellement célébré le 30 janvier au Brésil.

Ainsi à deux siècles d’intervalle, la péninsule Ibérique étoffe la notion même de mélancolie comme culture européenne. Or cette mélancolie, bien souvent difficile à définir, trouve-t-elle encore son incarnation dans les sociétés d’aujourd’hui ? Au XVIIe siècle, Don Quichotte dérange car il symbolise l’homme déraisonnable face à une société où l’individu est surveillé et le mélancolique puni d’internement psychiatrique. Aux jours d’aujourd’hui, l’Espagne se fait une fois encore le porte-parole des laissés pour compte par la voix des Indignés. Pour leur part, les Portugais continuent de se languir de leurs terres origines. En effet, l’émigration massive dont est sujette la population portugaise, lors des crises économiques et politiques, constitue bel et bien le symptôme d’une société mélancolique.


[1] Patrick Dandrey, « Anatomie de la mélancolie / La catharsis baroque », France Culture, 12 juin 2007.

[2] Pierre Barouh, Saudade « manque habité », album.



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