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France – Espagne : quand l’unité fait la différence



L’équipe des bleus n’a pas réussi à trouver une cohésion lors du quart de final de l’euro et c’est ainsi qu’elle perd sa place en demi-finale contre l’Espagne. En effet, la France qui n’avait jamais perdu de match contre l’Espagne en compétition jusqu’à aujourd’hui, n’est pas parvenue à trouver une cohésion entre ses attaquants. Ainsi Ribéry et Benzema n’ont pas réussi à construire des actions capables de faire la différence face à une équipe espagnole fidèle à elle-même, et dont le jeu construit et uni, a une fois de plus prouvé son efficacité. Or si l’équipe espagnole qui compte majoritairement des joueurs du Barça et du Real Madrid semblait unie sur le terrain, la construction historique du pays est tout autre.

De fait, il n’est pas rare qu’un Espagnol commence par citer la région dont il est originaire avant de dire qu’il est de nationalité espagnole. Par ailleurs, bon nombre de touristes ont déjà fait l’expérience d’aligner trois mots d’espagnol à Barcelone, et que le serveur ne prétende parler que Catalan. Ainsi à l’image des cantons suisses, le paysage espagnol est morcelé en région dont l’identité est revendiquée de façon plus ou moins forte. Et s’il est plutôt amusant de comparer les folklores régionaux, les attaques terroristes répétées au Pays Basque par l’organisation indépendantiste Euskadi ta Askatasuna (ETA) ne font pas rire. Bien que celle-ci ait annoncé le 20 octobre 2011 l’arrêt définitif de toutes actions armées, les Espagnols restent sceptiques quant à la durée de ce cessez-le-feu après quarante-quatre ans de conflits [1].De l’autre côté des Pyrénées, la situation est bien différente. En effet, si l’on reproche parfois à Paris de considérer tous les départements français comme des périphéries, la France constitue l’Etat unitaire par excellence. Avec un système politique centralisé, le pays revendique une forte unité nationale construite sur des bases culturelles et institutionnelles solides. Bien que l’Espagne et la France aient connu leurs heures de gloire avec un rôle prédominant en Europe ainsi que dans le monde grâce à leurs ambitions coloniales, la construction de ces deux Etats-nations est sensiblement différente.

En effet, la France s’érige en exemple d’une nationalisation réussie de la société tandis que l’Espagne est un cas d’échec de nationalisation. Or une telle disparité entre les deux Etats trouve ses racines dans l’histoire de la construction des Etats-nations en Europe au long du XIXe siècle. Bon nombre d’historiens s’accordent aujourd’hui pour dire que les Etats-nations tel que nous les connaissons aujourd’hui n’ont rien d’une réalité immuable mais qu’il s’agit d’identités construites autour de facteurs politiques, culturels et sociaux. Ainsi dès le XIXe siècle, l’Europe se divise en deux types de constructions étatiques : d’une part un Etat de type unitaire avec une administration centralisée, d’autre part un Etat fédéral avec un partage du pouvoir entre l’Etat central et les régions. La France n’a pas eu trop de difficultés à imposer un modèle unitaire grâce notamment à un pouvoir centralisé hérité de la Révolution Française ainsi qu’une sécularisation stricte permettant à l’Etat d’asseoir sa légitimité juridique et sociale. Pour sa part, le modèle fédéral s’imposera notamment en Allemagne avec l’association de 25 Länders en 1871. À la même période, Fransisco Pi y Margall, homme d’Etat espagnol, imagine un Etat espagnol construit sur la base d’unités autonomes. Outre, le renforcement des statuts de l’Etat, l’établissement de frontières et un contrôle des richesses du territoire, la construction de l’Etat-nation nécessite aussi une nationalisation des sociétés. Et c’est dans ce domaine que les divergences entre la France et l’Espagne sont les plus flagrantes. En effet, si la France a su utiliser divers instruments, comme l’école ou l’apprentissage d’une langue commune, pour susciter un sentiment d’identification nationale auprès de sa population, les hommes d’Etats espagnols ont largement négligé cet aspect. À commencer par l’école qui n’a pas su jouer un rôle prépondérant dans la diffusion des valeurs nationales et d’une langue commune. En effet, en 1860, le taux d’alphabétisation est seulement de 40 % et le castillan (langue originaire de Madrid) ne parvient pas à s’imposer comme langue nationale. Par ailleurs, l’église continue a joué un rôle prépondérant dans la vie des Espagnols et constitue sans doute le lien identitaire le plus fort du territoire. Cependant, celle-ci reste opposée à un pouvoir centralisé et ne participe pas à la diffusion de valeurs nationales.

Aux jours d’aujourd’hui, les disparités régionales espagnoles sont encore présentes, à l’image des actions de l’ETA. Cependant, les récentes manifestations des indignados dont l’influence contre le pouvoir en place est de plus en plus grande semble réunir la majorité des régions espagnoles. Et bien que l’Espagne ne reprendra jamais le modèle unitaire français, que ce soit au football ou dans la revendication, la jeunesse espagnole est belle et bien décidée de créer une unité par le bas.


[1] Camilla Barbezat, « Processus de paix au Pays basque : soutien international, délaissement européen », http://eurosuisse.eurosblog.eu/spip..., 15 mars 2012.



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Jean-Eric
28 juin 2012
19:42
France – Espagne : quand l’unité fait la différence

Sans vouloir être méchant, je crois que vos connaissances sur l’Espagne restent très superficielles... et certaines idées sont totalement erronées.

1. Pour commencer : "le castillan (langue originaire de Madrid)..." Ah bon, je pensais bien qu’elle provenait de l’ancienne Castille (et plus particulèrement du nord de l’actuelle Castilla y León, Cantabria et La Rioja). Les premiers documents en Castillan datent du IX et sont découverts dans le nord de la province de Burgos). Cela pour ce qui est de l’origine, mais si vous vous référez aux territoire où le Castillan est la seule langue officielle, alors vous avez non seulement Madrid, mais aussi Castilla y León, Castilla-la-Mancha, La Rioja, Andalucía, Extremadura, Murcia, Cantabria, Canarias, Melilla et Ceuta.

2. L’ETA est une organisation terroriste, et le "conflit" est bel et bien un problème de terrorisme, dont les acteurs sont un Etat de droit et démocratique, et une organisation terroriste. L’ETA fut fondé en 1959, et sa première action violente date de 1961. Ce sont donc soit 53, soit 51 ans, d’actions terroristes.

3. On peut lire dans votre article, "En effet, si la France a su utiliser divers instruments, comme l’école ou l’apprentissage d’une langue commune, pour susciter un sentiment d’identification nationale auprès de sa population, les hommes d’Etats espagnols ont largement négligé cet aspect". A ce qu’il paraît, les hommes politiques espagnols ont volontairement négligé cet aspect, comme s’il n’y avait pas eu de tentatives... comme si l’Espagne était la France et on pouvait les comparer comme l’on compare deux jus d’orange... Il faut revenir un peu en arrière et avoir un perspective historique plus large pour comprendre que quelque chose qui peut paraître facile dans un pays ne l’est pas dans un autre, même s’ils sont voisins. Je pense qu’il faudrait reformuler votre phrase. Telle qu’elle est, elle tient un propos radicalement faux.

4. On apprend aussi que "l’église continue a joué un rôle prépondérant dans la vie des Espagnols et constitue sans doute le lien identitaire le plus fort du territoire. Cependant, celle-ci reste opposée à un pouvoir centralisé et ne participe pas à la diffusion de valeurs nationales." Ah bon, c’est pour cette raison, j’imagine, que l’Eglise à une structure hiérarchique assez rigide depuis vingt siècles... et c’est pour cela que aussi que l’Eglise prend toujours parti pour la droite conservatrice et nationaliste espagnole (partout sauf au Pays Basque, mais je ne vais pas m’attarder sur cela). Je vous laisse un document qui le prouve : http://4.bp.blogspot.com/_KHpOtg410...

5. Finalement, il y a des augures et des généralisations qui font rougir : "il n’est pas rare qu’un Espagnol commence par citer la région dont il est originaire avant de dire qu’il est de nationalité espagnole" ; "l’Espagne ne reprendra jamais le modèle unitaire français" ; "la jeunesse espagnole est belle et bien décidée de créer une unité par le bas"...

Je crains que le message ne soit pas très gentil, mais de telles généralisations et propos approximatifs méritaient bien une réponse.

Jean-Eric

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Nataliya Borys
3 juillet 2012
09:21
France – Espagne : quand l’unité fait la différence

Cynthia a vu juste, les équipes qualifiées, et l’équipe gagnante, sont les équipes unies. En pensant à l’équipe de France, la « drôle de guerre » française et sa ligne Maginot viennent à l’esprit. Quel est le lien ? Un bref retour sur l’histoire militaire française : le gouvernement a dépensé des milliards pour construire les bunkers sur la ligne Maginot et ainsi dissuader les ennemis. En attendant cet ennemi théorique, passivité et « bonjour la paresse » : les soldats et les chefs politiques étaient convaincus de leur excellence et de leur suprématie. Marc Bloch a écrit que la France s’est effondrée militairement, en raison de « sa faiblesse collective » : « fournir le moins d’efforts possible durant le moins de temps possible, pour le plus d’argent possible », attitude petite-bourgeoise quoi pour lui. L’équipe de France, les soldats modernes de la ligne Maginot ? Enfermés dans leur bunkers, coupés du monde, convaincus de leur suprématie ? La défaite a été aussi fulgurante et humiliante à l’Euro que celle de l’armée française…

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Auteurs

Cynthia GUIGNARD
Titulaire d’un Bachelor en Relations Internationales à l’Université de Genève avec un mémoire de fin d’étude sur le rôle du CICR pendant la Guerre de Corée, Cynthia Guignard poursuit ses études à (...)


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