EUROSBLOGS
--> septembre 2011 juillet 2011 juin 2011 mai 2011 avril 2011 mars 2011 février 2011 janvier 2011
décembre 2010 novembre 2010 octobre 2010 septembre 2010 août 2010 juillet 2010 juin 2010 mai 2010 avril 2010 mars 2010 janvier 2010
décembre 2009 novembre 2009 octobre 2009 septembre 2009 juin 2009 mai 2009 avril 2009 mars 2009 février 2009 janvier 2009
décembre 2008 novembre 2008 octobre 2008 septembre 2008 juillet 2008 juin 2008 mai 2008 avril 2008 mars 2008
Ajouter un commentaire

Allemagne-Grèce : un match fort en émotions



Ce n’est pas les perspectives qui manquent pour commenter un match d’hier soir entre la Grèce et l’Allemagne. À croire que le sort se joue de nous et choisit un carré vert pour cristalliser à son apogée les tensions entre les deux Etats. Au-delà des problèmes économiques, institutionnels et financiers que la crise a provoqué au sein de l’UE, et dont la Grèce et l’Allemagne constitue le symbole, l’Euro 2012 met en relief la fissure identitaire et émotionnelle qu’a engendré les tensions de ces derniers mois. Dès vendredi, la presse allemande n’a cessé de jouer sur le double sens de ce match : « Tchüss Griechland, heute können wir euch nicht retten » (Au revoir la Grèce, ce soir nous ne pouvons pas vous sauver) écrivait le Blid [1]. Pour sa part la presse grecque n’est pas en reste avec des gros titres tels que : « Sois prête, Mme Merkel, tu es la prochaine sur la liste » ou encore « Les Panzer allemands sont sur notre chemin » [2]en référence aux blindés de la Deuxième Guerre Mondiale. Une presse européenne qui se fait, donc, le relais des blessures historiques profondes de l’Europe et met à mal la solidarité entre les Etats membres. Comme un exutoire aux émotions et crises identitaires croissantes au sein des Etats-membres de l’Union, le coup de sifflet annonçait l’ouverture d’une guerre pacifiée. Bien que Joachim Löw, le sélectionneur de la Mannschaft, ait rappelé qu’il ne s’agissait pas de politique et que les joueurs grecs aient affirmé que « ce n’était qu’un jeu » [3], il est bien connu que le sport en général, et le football particulièrement, agit comme lien social fort au sein des nations. Ainsi il ne s’agissait pas seulement de régler les différends politiques entre la Grèce et l’Allemagne lors du « Derby de la dette », mais bien de comprendre comment le facteur identitaire joue un rôle essentiel dans les relations entre Etats. Si les idéologies ont sous-tendu les relations internationales tout au long du XXe siècle, le XXIe siècle se veut définitivement identitaire. « Aujourd’hui, les quêtes identitaires ont remplacé l’idéologie comme moteur de l’histoire ; dans un monde où les médias jouent le rôle de caisse de résonance et d’une loupe grossissante, les émotions comptent plus que jamais » [4] . Si les émotions ont souvent été mises de côté, jugées trop peu sérieuses, dans l’étude des relations internationales, le match de hier soir confirme une fois de plus l’importance de celles-ci. Bien que, la Grèce ait accusé une défaite attendue lors du match d’hier soir, l’humiliation ressentie par le peuple grec ces trois dernières années est à son comble. Caractérisée par un sentiment d’impuissance et de dépendance par rapport à l’Autre, l’humiliation peut avoir deux effets : d’une part devenir un moteur de dépassement de soi lorsque celle-ci n’est pas excessive, d’autre part, un motif de vengeance si celle-ci se prolonge dans le temps et se transforme en désespoir [5]. Au vu des derniers tabloïds publiés sur le match d’hier soir et les gros titres de la presse en général, l’indignation grecque a largement dépassé le stade d’une humiliation positive. Blessé dans son intégrité culturelle, le peuple grec peine à percevoir une amélioration de leurs situations au sein de l’Union Européenne : « Ce sentiment de dépossession à l’égard du présent se porte alors sur le futur, qui s’oppose à un passé glorifié et idéalisé- un futur où l’on voit sa situation politique, économique et culturelle dictée par l’Autre » [6]. A contrario, l’Allemagne, loin du passé glorifié d’Homère, porte le poids d’une hégémonie historique lourde que la Grèce ne finit pas de pointer du doigt. L’incompréhension entre les deux Etats ne cesse dès lors de s’amplifier. Ainsi la Grèce humiliée jusque dans son héritage culturel ne parvient plus à comprendre une Allemagne leader européen, dont le regard porté vers le futur, tente de dépasser ses erreurs passées. D’une construction européenne cherchant des solutions communes aux Etats-membres, nous chavirons peu à peu vers « une diplomatie de l’humiliation » où la culpabilité plutôt que l’espoir joue un rôle grandissant. Ainsi l’UE, largement occupée par la crise de l’Euro, doit aussi se confronter à une réalité plus inquiétante ; une perte de solidarité au sein des Etats membres et un manque de reconnaissance mutuelle entre les pays. Et si le match d’hier soir était dénué d’agressivité entre les deux équipes nationales, le carton rouge reviendrait sans aucun doute à la presse européenne dont l’arrogance ne fait qu’agrandir les faiblesses déjà existantes au sein de la Communauté. Par conséquent, l’Union se doit de réagir face à un engrenage malsain d’humiliation réciproque engagée entre les deux états et de rappeler les règles élémentaires du fair-play.


[1] Hendrik Schmid, « Allemagne-Grèce, un match qui va au-delà du sport », http://www.rts.ch/info/revue-de-pre..., 22.06.2012

[2] Olivier Perrin, « Derby Allemagne-Grèce : un festival de vacheries », http://www.letemps.ch/Page/Uuid/9ce..., 21.06.2012

[3] Raphaël Godet Gdansk, « Allemagne-Grèce, le derby de la dette » http://www.letemps.ch/Page/Uuid/9ce..., 22.06.2012

[4] Dominique Moisi, La Géopolitique de l’émotion, Flammarions : 2011.

[5] Dominique Moisi, La Géopolitique de l’émotion, Flammarions : 2011.

[6] Dominique Moisi, La Géopolitique de l’émotion, Flammarions : 2011.



Aucun commentaire
ds Ajouter un commentaire

Auteurs

Cynthia GUIGNARD
Titulaire d’un Bachelor en Relations Internationales à l’Université de Genève avec un mémoire de fin d’étude sur le rôle du CICR pendant la Guerre de Corée, Cynthia Guignard poursuit ses études à (...)

Mots clefs




Derniers commentaires

L’avenir de la Genève internationale passe par la construction politique de la région
Par Brieux, le 13 août 2012

D’accord avec vous pour ce qui est de la nécessité d’avoir une gouvernance économique européenne. Ce genre de processus est long et complexe, mais il n’en ressortira que du bon pour la Genève internationale.

Piscine et nettoyage

Le robot piscine est idéal pour nettoyer la piscine en profondeur.

Equipe