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Ces Français qui refusent de parler d’Europe...



La campagne présidentielle française battant son plein, la conférence des Midis de l’Europe, organisée par l’Institut européen de l’Université de Genève, s’est penchée sur la place de l’Europe dans les débats. C’est Olivia Costa, professeur à Sciences Po Bordeaux, qui s’est chargé d’évaluer, pour chaque candidat, la place de l’Europe dans leur discours de campagne. Alors que le sauvetage de la zone euro et la contrainte communautaire ont rendu la politique européenne incontournable dans la presse, la campagne s’est paradoxalement concentrée sur des thèmes de politique intérieure : viande halal, sécurité et coût du permis de conduire.

Olivier Costa dresse un constat sans appel, celui d’une Europe inaudible qui, lorsqu’elle parvient à s’immiscer dans les débats, fait l’objet d’une dénonciation récurrente de ses effets négatifs. Une campagne qui s’inscrit dans une culture politique propre, celle d’une croyance dans la souveraineté de la France, poussant à la surenchère démagogique afin de sauver sa “grandeur”.

Le discours franco-français évacue non seulement les effets des politiques communautaires sur l’Hexagone, mais perçoit l’Union européenne comme un espace d’extension du rayonnement français. De plus, la renégociation du traité de stabilité voulue par Francois Hollande, la menace de suspension par Nicolas Sarkozy des Accords de Schengen, ou encore la mise sous tutelle de la Banque centrale européenne sont autant de propositions en réalité difficilement applicables, voire illégales au regard du droit européen. Certaines propositions sont même clairement défavorables à la France. Dernier exemple en date, la menace d’une suspension de la contribution française au budget européen par Nicolas Sarkozy, ne fait pas sens. En effet, la France y perdrait beaucoup, elle qui est la première bénéficiaire de la Politique agricole commune (PAC). On s’aperçoit donc que les propositions européennes des candidats sont assez déconnectées des réalités ou franchement fantaisistes.

D’ailleurs, et depuis octobre 2011, le site non partisan et non-pro-européen Vigie 2012, scrute les déclarations des candidats sur l’Europe et le bilan est sans appel : 50% des déclarations seraient fausses. Plus inquiétant encore, le rapport constate que l’intensification de la campagne ne s’accompagne pas d’une plus grande couverture de l’actualité européenne dans les grands médias, bien au contraire.

Force est de constater que les connaissances des dix candidats sur l’Union européenne sont faibles. Ce manque d’ouverture semble renforcé par le fait qu’aucun d’entre eux ne maîtrise une langue étrangère. Le débat est donc bel est bien franco-français. L’actualité a néanmoins forcé les candidats à prendre position, lesquels sont restés cependant très évasifs dans leurs déclarations. En effet, la crise économique et le crise de l’euro qui ont frappé le continent ont permis à Nicolas Sarkozy de justifier un bilan contesté, par l’opposition, de son quinquennat. Le traité de stabilité budgétaire, imposé par l’Allemagne à ses partenaires européens, a également obligé les diverses forces politiques à se positionner par rapport à celui-ci, le Président défendant la nécessité d’une règle d’or dans la Constitution de chaque Etats membre tandis que François Hollande et Jean-Luc Mélenchon ont immédiatement prévenu qu’ils modifieraient le contenu du traité en cas d’élection. Des positionnements qui transparaissent dans les discours des hommes politiques, la Grèce, le Portugal et l’Espagne représentant clairement des modèle à éviter, que l’on appelle à la rigueur et aux réformes, tandis que l’Allemagne est sans conteste le modèle vertueux à suivre.

Face à ces divers constats, la campagne vue d’Europe ne soulève guère d’enthousiasme. Il règne un scepticisme généralisé devant la montée des extrêmes dans les sondages et l’absence de réalisme des candidats des partis de gouvernement. Du côté des chefs d’Etat, bien que les rumeurs de boycott par les chefs de gouvernement du candidat socialiste soient infondées, jamais on ne reçoit officiellement de candidats à l’élection présidentielle avant une investiture, il existe bien une coalition des conservateurs, allemand, espagnol, italien et britannique, qui souhaitent une réélection de la droite française, tout en se préparant à une probable victoire socialiste.

Quant aux Français, ils adoptent une position attentiste face à l’Europe sans pour autant être souverainistes. Ainsi, seulement 20% d’entre eux se réjouiraient de la fin de l’UE. La catégorie sociale et le niveau d’éducation restent des indicateurs pertinents pour expliquer le rapport à l’Europe des Français. L’axe de campagne étant de “lutter pour ceux qui souffrent” et non pour les “gagnants du système”, le discours européen ne peut qu’être teinté de scepticisme.

L’impression qui s’en dégage est que les candidats racontent aux citoyens ce qu’ils veulent entendre. La presse européenne est d’ailleurs unanimement sceptique face à ces dérives démagogiques. Les Européens ne peuvent qu’espérer que la formule bien connue de Charles Pasqua « les promesses n’engagent que ceux qui y croient » s’applique aux promesses électorales françaises. Les points importants restent hors débat. Manifestement, aucun candidat ne souhaite aborder le thèmes de politique de relance européenne, des paquets budgétaires en cours de négociations, de la défense européenne etc. Dans un contexte d’introversion nationale, il n’est sans doute pas de bonne augure de rappeler aux citoyens français que la France n’est qu’un pays parmi 27 et qu’aujourd’hui tout se négocie.

Le manque de connaissances, et parfois même l’ignorance, est inquiétante, venant d’un pays fondateur de l’Union européenne. La responsabilité est pourtant partagée. En effet, la presse française n’a que peu de compétences en matière d’Europe et ne lui accorde que peu d’espace dans ses colonnes.

Face à l’absence de contradicteurs, les candidats sont libres de rêver. Mais un violent retour de bâton viendra réveiller celui qui sera élu au second tour. Dommage qu’il faille attendre ce moment là pour se poser les vraies questions.



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Auteurs

Camilla Barbezat
Titulaire d’un Bachelor en Relations Internationales à l’Université de Genève, conclut par un projet de recherche sur le droit d’ingérence humanitaire, Camilla Barbezat poursuit un Master en études (...)
Søren Henrichsen
Étudiant en master à l’Institut Européen depuis septembre 2010, il y suit l’orientation économie, politique et société. Il a auparavant étudié les relations internationales à l’Université de Genève, avec (...)




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