EUROSBLOGS
--> septembre 2011 juillet 2011 juin 2011 mai 2011 avril 2011 mars 2011 février 2011 janvier 2011
décembre 2010 novembre 2010 octobre 2010 septembre 2010 août 2010 juillet 2010 juin 2010 mai 2010 avril 2010 mars 2010 janvier 2010
décembre 2009 novembre 2009 octobre 2009 septembre 2009 juin 2009 mai 2009 avril 2009 mars 2009 février 2009 janvier 2009
décembre 2008 novembre 2008 octobre 2008 septembre 2008 juillet 2008 juin 2008 mai 2008 avril 2008 mars 2008
Ajouter un commentaire

Une France dans le déni




The Economist s’invite à la campagne présidentielle française

« La France dans le déni. La plus frivole des élections occidentales ». C’est ainsi que The Economist titre son édition du 31 mars dernier. La couverture s’inspire du "Déjeuner sur l’herbe" de Manet retouché, présentant Nicolas Sarkozy et François Hollande, favoris des sondages , en train de pique-niquer en charmante compagnie. The Economist veut par là dénoncer la « coupable insouciance française » face à sa dette. Ce magazine, fervent défenseur du libéralisme, voit dans l’Hexagone un pays « léthargique et non reformé [qui] pourrait bien se retrouver au centre de la prochaine crise de l’euro » car sa classe politique n’aurait pas pris la mesure de l’ampleur des reformes économiques à mener face à une dette française exponentielle.

Concrètement, The Economist reproche aux politiciens français d’être dans le déni des réalités économiques les plus élémentaires. Alors que tous ces voisins, Espagne, Italie, Grèce entreprennent des réformes douloureuses, mais nécessaires, rien de tel n’est prévu dans le programme politique des candidats à la présidence. En effet, la dette publique française atteint désormais les 90% de son PIB. The Economist cite aussi La Cour des comptes française, présidée par Didier Migaud (ancien député socialiste) qui a averti que si des « décisions difficiles » n’étaient pas rapidement prises, la dette publique atteindra les 100% à l’horizon 2015-2016 [1]. Avec des dépenses publiques atteignant 56% de son PIB (le niveau européen moyen est autour de 43%), la France se situe au-dessus des états scandinaves, mais contrairement à ces deniers, elle ne fournit pas le même niveau de prestation. [2]. En résumé, la situation de la France ressemble plutôt à celle de l’Espagne qu’à celle de l’Allemagne.

Le Monde déplore l’absence de débat sur des sujets comme l’endettement public ou la baisse de compétitivité. Ce sont d’ailleurs des éléments mis en avant pas The Economist. D’autres journaux comme le quotidien allemand (centre-gauche) Süddeutsche Zeitung font le même constat. Le chômage en hausse, le déficit de la balance commerciale ne sont pas des sujets porteurs [3]. Le Financial Times fait la même analyse. Son commentateur politique, Philip Stephen, nous explique que ce qui frappe les observateurs extérieurs, c’est que les candidats « semblent présupposer ou prétendre que la France est sur une ile ». Face à ce constat, le Monde ne peut à vrai dire, pas donner de meilleure note qu’un 12/20 à cette campagne présidentielle [4].

Est-ce la faute des candidats ? Il est effectivement intéressant de constater que François Bayrou est le seul candidat à la présidence qui a prévu une réduction de 50 milliards d’euros dans son programme. Mais les électeurs français, convaincus (toujours selon The Economist) par « les élites politiques et les médias qu’ils sont les victimes de la globalisation et méfiant envers le capitalisme » , n’ont que faire du message que François Bayrou souhaite transmettre [5]. Plus que le message, c’est peut-être le messager qui n’intéresse pas les Français. C’est en tout cas l’avis du Guardian, traduit par le Courrier International, qui titre « François Bayrou, gentil, mais tellement ennuyeux ».

Devant un diagnostic sans appel et ses conséquences présentées comme fatales, la France semble n’avoir qu’un seul choix pour éviter d’être jetée par les marchés dans le « cul-de-basse-fosse ou croupit déjà la Grèce » : la reforme libérale. Mais Laurent Joffrin nous rappelle à juste titre que les programmes des deux favoris prévoient une réduction progressive des déficits sur quatre ou cinq ans. Nicolas Sarkozy prône, en effet, une réduction des dépenses et François Hollande souhaite passer par une réforme fiscale. Qui plus est, toute précipitation risque de créer un autre phénomène fâcheux : la récession.

Le Nouvel Observateur, à travers la plume de son directeur, est le seul à réellement nuancer les assertions de The Economist. En effet, il rappelle que ce dernier n’a rien d’un « journal impartial » et insiste sur le fait qu’il a été fondé avec pour but de « soutenir par tout moyen le libre-échangisme et l’économie de marché ». Il est donc logique que The Economist défende une diminution des impôts, une réduction du rôle de l’État.

Nicolas Sarkozy et François Hollande ont multiplié les propositions en tout genre, mais nul ne sait quelles mesures ils seront réellement en mesure d’appliquer. L’article de The Economist, aussi partial qu’il soit, a au moins le mérite de susciter le débat et de le centrer sur ce que la presse française elle-même identifie comme « le vrai problème » : la situation économique déclinante de la France à tous points de vue. La viande halal, le thème sécuritaire et l’immigration ne sont que des sujets peu importants face aux réels défis qui attendent le vainqueur du 6 mai prochain. [6].

Il est manifeste que les Français ne veulent pas entendre de prévisions pessimistes. Pourtant, maintenant que les marchés sont avertis, la France n’a qu’à bien se tenir. Trois scénarii post-élections sont donc envisageables. Premièrement, les candidats ne sont effectivement pas prêts à affronter le choc prédit et la France court ainsi le risque d’entrainer la zone euro dans une deuxième crise après celle de la Grèce. The Economist a vu juste. Deuxième possibilité, et c’est probablement la meilleure option pour l’Union européenne, les candidats ne font que des promesses qu’ils savent ou s’apercevront qu’ils ne pourront pas tenir une fois en poste. À ce moment-là, le coup politique d’une telle déception sera élevé, mais sera supporté par le futur président et son gouvernement. Finalement, la troisième possibilité est sans doute de la version la plus soft. The Economist se trompe dans ses prédictions alarmistes et rien ne change réellement sans que cela n’aboutisse forcément à une crise de l’euro. La France continue à emprunter.

Aucune des trois possibilités ne peut être écartée à ce stade de la campagne. Les candidats ne se dévoileront sans doute que véritablement lors du second tour. Il ne faut pas oublier que The Economist s’est lui aussi trompé à de nombreuses reprises. Il n’a par exemple pas vu venir la crise de 2008. En somme, on ne peut prédire l’avenir, mais certaines prédictions sont parfois autoréalisatrices. Laquelle sera la plus convaincante ? Une chose est certaine, les lendemains de campagnes s’annoncent difficiles.

Photo : capture d’écran, www.economist.com


[1] "An inconvenient truth", The Economist, 31 mars 2012, p.29 .

[2] FRANCHON, Alain, "La campagne vue d’ailleurs : un 12/20", Le Monde, 5 avril 2012

[3] FRANCHON, Alain, "La campagne vue d’ailleurs : un 12/20", Le Monde, 5 avril 2012

[4] FRANCHON, Alain, "La campagne vue d’ailleurs : un 12/20", Le Monde, 5 avril 2012

[5] "An inconvenient truth", The Economist, 31 mars 2012, p. 30.

[6] "An inconvenient truth", The Economist, 31 mars 2012.



Ajouter un commentaire
Nataliya Borys
18 avril 2012
10:25
Une France dans le déni

« La France dans le déni », le titre de l’article de Soren reflète justement l’état de la campagne présidentielle en France, et pas seulement. Ca ne veut pas dire que les candidats nient la réalité, ils savent très bien l’état de l’économie française, mais ils « évitent » plutôt d’en parler afin de gagner les élections. Il y a aussi le déni de la population et les élites françaises de voir la réalité. Le déni du monde est le mal de la société française, pendant que les autres pays européens entreprennent les réformes dans la douleur, tous les candidats, y compris Bayrou (au cœur de son programme) prêchent « la pureté nationale de notre commerce » et « produire en France par la loi ». Produire en France avec l’augmentation des impôts et des prélèvements ? Ce que pourtant pensent faire tous les candidats. Soren dit à juste titre, les lendemains de campagnes s’annoncent bien difficiles…

ds Réagir à ce commentaire


Auteurs

Søren Henrichsen
Étudiant en master à l’Institut Européen depuis septembre 2010, il y suit l’orientation économie, politique et société. Il a auparavant étudié les relations internationales à l’Université de Genève, avec (...)




Derniers commentaires

L’avenir de la Genève internationale passe par la construction politique de la région
Par Brieux, le 13 août 2012

D’accord avec vous pour ce qui est de la nécessité d’avoir une gouvernance économique européenne. Ce genre de processus est long et complexe, mais il n’en ressortira que du bon pour la Genève internationale.

Piscine et nettoyage

Le robot piscine est idéal pour nettoyer la piscine en profondeur.

Equipe