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En Iran, la contestation ricoche de place en place



Les manifestations du Printemps arabe ont érigé certains lieux de rassemblement en symbole. Si les places de Benghazi, du Caire ou de Tunis ont aujourd’hui recouvré leur fonction première, inoffensive et pratique, de carrefour urbain, l’histoire y a fait une halte et depuis, le Maghreb a pris une nouvelle route. Toutefois au Moyen Orient, certains espoirs restent encore déçus. Contrairement à la place Tahrir de la capitale égyptienne, celle d’Azadi à Téhéran, mère et précurseur de toutes les autres dans ce monde musulman en ébullition, a fini par céder. Des millions de personnes y avaient convergé suite à la fraude massive de l’élection présidentielle de juin 2009, puis tous ont pris peur devant les crimes et les menaces du régime, et ils ont reculé. Beaucoup d’entre eux estiment aujourd’hui que la victoire était pourtant à bout touchant. A l’occasion d’un séjour en Iran, Gauthier Corbat livre un récit analytique sur ces événements vus par la jeunesse iranienne.

Entre résignation et espoir

En ce matin de septembre 2011, plus de deux ans après le passage de la vague verte – nom donné au mouvement contestataire iranien – Téhéran s’étire autour de sa place Azadi en une longue et bruyante mégapole où la pollution et les klaxons ont recouvert et la couleur et les cris de millions de contestataires. Ce retour à la normale se double de préoccupations vivaces quant à l’avenir, car le pays connaît notamment une inflation galopante suite à la majoration des prix du pétrole. L’immense élan d’espoir suscité par les rassemblements de 2009 semble bien loin. Le régime a renforcé sa surveillance par le truchement de ses milices, des centaines d’opposants sont encore sous les verrous et la communauté internationale a en ce moment d’autres chats à fouetter. Malgré tout, les Iraniens croisés dans le métro de la capitale évoquent, par bribes, leurs secrètes blessures. D’autant plus aisément quand l’interlocuteur est étranger, et qu’il saura, pensent-ils, retranscrire fidèlement et sans entrave, les craintes qui les taraudent : « j’ai un message pour l’Europe et la Suisse ; dites à vos concitoyens que nous ne sommes pas des terroristes, n’oubliez pas, nous vivons sous une dictature ignoble, nous sommes privés de libertés, mais nous, hommes et femmes de ce pays, rêvons à une nouvelle révolution ». Cet étudiant en littérature anglaise n’en dira pas plus. La peur d’être entendu, enfermé, peut-être torturé, le force à taire ce qui devait encore être dit. La répression en Iran fait malheureusement bien son travail. Les puissantes forces coercitives du régime expliquent d’ailleurs en grande partie le reflux de la vague verte et la crainte aussi de s’exprimer en public. Le métro s’arrête à un des terminaux de la ville, proche de la gare routière. Jovial et surtout heureux de pouvoir exercer son anglais, un jeune ingénieur fond soudain en larmes à l’évocation des diatribes contre l’Occident et Israël de son président ; provocations qui contraignent le pays à se fermer comme une huître. Les sanctions étrangères à l’encontre de l’Iran ne sont évidemment pas sans conséquences sur le quotidien de la population. Elle qui souffre d’une économie entravée par de multiples barrières, la forçant à se tenir en marge du monde. La place Azadi tourne le dos à Akbar. Il n’a même plus la force de s’y rendre. Son autobus pour le Nord l’attend. Avant d’y monter, il conclut tristement : « Je vais quitter le pays après mon service militaire, vivre ici est impossible, merci quand même d’être venu nous voir ».

Contourner la censure

Des visages marqués par la brutalité de l’appareil militaire déployé lors des manifestations, on en croise par dizaines, surtout à Téhéran, mais aussi dans d’autres villes du pays. Quand les langues se délient, ils sont nombreux à dire leur regret d’avoir manqué leur rendez-vous avec la liberté. Pourtant il ne faut pas douter de la capacité de résilience de la population iranienne. Certes la déception a pris le pas sur l’espoir, mais beaucoup d’entre eux restent déterminés : « on a eu vent d’une rumeur attestant l’autorisation par le guide suprême de tirer sans retenue sur la foule, que pouvions-nous faire ? », s’excuse presque Mohammad, étudiant en langues étrangères, avant d’ajouter, épaulé par un ami arrivé dans l’intervalle : « tout va bientôt recommencer, nous allons tout faire pour retourner sur la place Azadi ». Nombre d’actions récentes soutiennent ce discours. Les opposants au régime ont trouvé en internet le moyen de prolonger la lutte. Bien que le web soit surveillé par le pouvoir, notamment les réseaux sociaux, des filtres permettent de contourner la censure sans trop de difficultés. Désormais la toile s’est muée en une vaste place virtuelle, l’héritière d’Azadi. Outre les messages de révolte des uns et des autres, postés sur les sites de rencontres, les jeunes s’en servent pour planifier des fêtes susceptibles de défier le régime. Ces derniers mois plusieurs réunions de ce type ont rassemblé des milliers de personnes au Nord de Téhéran. Bravant les interdits de la République islamique en matière de divertissement, ils ont occupé les parcs accotés au flanc des montagnes qui ferment l’horizon nord de la capitale. Là-bas, les internautes participent à des soirées à thème qui suscitent toujours l’ire des dirigeants. Le plus souvent dispersés par la police, ces jeunes, étudiants pour la plupart, n’en restent pas moins prêts à mêler inventivité et détermination pour entretenir la flamme du changement.

Vivre, une première révolte

Téhéran est une ville sans agora. Une dictature s’en dispense volontiers. La contestation se doit alors d’inventer l’espace public, si elle souhaite, comme à Azadi, crier sa révolte. Ceinte par un cordon perpétuelle de voitures qui l’arpentent en tout sens, la place demeure encore un possible lieu de ralliement, tel un phare que l’on guette, quand le signal sera donné. En attendant, c’est la vie elle-même qui constitue la principale force d’opposition à un régime qui a fait du deuil sa source d’inspiration. Vivre est en effet un acte de résistance en Iran, lorsqu’on est nourri au culte du martyre et qu’on voit dans les villes, partout, des milliers d’étendards, effigies et autres peintures murales aux couleurs de la mort : celle d’abord de l’imam Hossein, figure tutélaire des musulmans chiite, puis celle des soldats de la guerre Iran-Irak, enfin celle de civils anonymes, qui depuis l’instauration de la plus grande théocratie du monde, ont été sacrifié pour sa survie. Vivre est une forme d’indignation en Iran, lorsqu’on bâtit les plus grandes mosquées pour tous les célébrer, ces sacrifiés, dans l’ambiance malsaine d’un Islam instrumentalisé à des fins politiques. La place Azadi n’a pas attendu 2009 pour s’ouvrir aux joies militantes de ceux qui refusent ce climat mortifère. Azadi, littéralement “la liberté“ en persan, avait déjà migré dans les cœurs des Iraniennes et des Iraniens. L’heureuse poésie du grand Hafez, les quatrains transgressifs de Khayyam, la coquetterie de femmes soumises à un port du voile obligatoire et le ballet des voitures de jeunes hommes venus cueillir le fruit d’amours interdites ont fait de cette vie une dérobade à l’oppression. Gagnée par ces refrains impossibles à couvrir, la place Azadi n’est pas prête d’entonner son chant du cygne.



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