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Les relations italo-libyennes : une compromission historique



« Si j’avais été président, j’aurais démissionné, mais j’ai mon fusil et je me battrai jusqu’à la dernière goutte de sang » [1]. Voici une des affirmations féroces du Colonel Kadhafi tenues lors de son discours en date du 22 février 2011 s’adressant au peuple libyen. Peuple qui, depuis le jeudi 17 février, a commencé à manifester en signe d’opposition au régime dictatorial de Muammar Al-Kadhafi mis en place en 1969 suite à un coup d’État dirigé par ce dernier. Ainsi, tout en ayant connaissance des méthodes autoritaires du Colonel, comme à titre d’exemple sa déclaration de guerre sainte contre la Suisse en 2009, nombreux Chefs d’États et/ou de Gouvernement se sont compromis avec ce dernier. Un pays, a été plus que d’autres pointé du doigt suite à la forte répression exercée par Kadhafi à l’encontre des manifestants : l’Italie.

Kadhafi et sa Libye sont une obsession pour l’Italie. Ce besoin de faire de Kadhafi l’ami des italiens est historique. Ainsi, dans la nuit du 14 avril 1986 le Gouvernement Craxi informa Kadhafi de la volonté étasunienne d’attaquer Tripoli [2]. Cette attitude est représentative de la politique traditionnelle italienne à l’égard de la Libye, visant à établir un lien fort. Aujourd’hui encore, il n’est donc pas surprenant que le Cavaliere Silvio Berlusconi ait déclaré le samedi 19 février 2011 ne pas prendre contact avec son cher ami Libyen de peur de le « déranger » [3]. Le Cavaliere a en effet pris le temps de réfléchir avant de décider de rompre avec son grand amour. Réflexion que nous lui « devons », il a tout de même été jusqu’à faire un baisemain [4] au Colonel ! Mais, Silvio Berlusconi n’a pas seulement cherché à sauvegarder une amitié, il veut surtout protéger les grands trésors que Muammar Al-Kadhafi concède à l’Italie. Pour comprendre toute la complexité de la relation entre Berlusconi et Kadhafi, il convient de revenir sur les récents faits et gestes diplomatiques entre ces deux pays.

Le premier grand geste du leader italien, ayant permis de concrétiser les futurs accords, a été d’exprimer en 2008, au nom de l’Italie, « ses excuses pour les massacres et la répression contre le peuple libyen durant l’occupation coloniale » [5]. Toutefois, les paroles ne furent pas suffisantes. En effet, l’Italie souhaitait que les migrants libyens en direction de Lampedusa, île italienne plus proche de l’Afrique que de l’Italie, définit comme « la porte de l’Europe » pour les migrants, soient arrêtés déjà sur le territoire libyen. Dès lors, le Cavaliere ajouta à ses excuses l’engagement de « verser 5 milliards de dollars de réparation » [6]. C’est ainsi, qu’il parvient à négocier avec Kadhafi que ce dernier gère les flux migratoires en amont, tout en sachant que l’emploi de la force, à l’encontre des migrants, ne sera pas exclu de la politique migratoire du leader libyen. Bien entendu, Silvio Berlusconi sait que « Tripoli n’a jamais signé la Convention de Genève » [7], néanmoins, cela n’a pas empêché le Cavalière de conclure le Traité d’amitié signé à Bengasi en mai 2008, en déclarant « [n]ous aurons ainsi plus de pétrole et moins de clandestins » [8].

Toutefois, aujourd’hui, Lampedusa fait face à un nouveau flux migratoire. En effet, suite à la crise du Nord de l’Afrique cette île se transforme à nouveau en un centre d’accueil pour les migrants. Elle gère l’arrivée de millier de clandestins [9]. Ainsi, « le printemps des peuples Arabes » confronte l’Europe à une nouvelle forme de migration. Néanmoins, il nous paraît opportun de souligner que le Cavaliere a conclu un accord pour le contrôle de la migration avec un dictateur. Or, les régimes tyranniques se fondent sur la peur. Dès lors où le tyran ne parvient plus à maintenir par la peur le contrôle sur son peuple, le régime commence à trembler jusqu’à son écroulement. En conséquence, l’accord entre le Cavaliere et Kadhafi se fonde sur une contradiction car les deux régimes n’ayant pas les mêmes valeurs constitutives, ils ne pouvaient pas assurer à long terme le bon déroulement de leurs accords.

Au delà de cet accord sur l’immigration, la présence de l’ENI (Ente Nazionale Idrocarburi), est renforcée, car les approvisionnements en énergie de l’Italie dépendent fortement de la Libye. Notons aussi que le Colonel détient diverses actions dans des entreprises italiennes : Unicredit, ENI, FIAT et le club de foot de la Juventus [10]. Conséquence, de ces liens politiques et économiques, a ainsi été la peur du Cavaliere d’affirmer haut et fort que l’usage de la force contre les opposants du « chef de la révolution » est intolérable.

Une semaine après le début de la révolte, Berlusconi admet que la situation a échappé des mains du dictateur libyen, en accueillant plus favorablement les propositions d’interventions. La soudaine prise de position de Berlusconi semble être une prise de conscience d’une possible défaite de Kadhafi, dont seule la capitale Tripoli est encore sous son joug. Cette prise de conscience apparaît notamment, après un entretien téléphonique avec Barack Obama.

L’Italie et la communauté internationale sont au jour d’aujourd’hui en train d’agir. Pour la première fois, vendredi 25 février, le Conseil des droits de l’homme, lors d’une session extraordinaire « a réclamé une suspension de la Libye de ses rangs » [11], l’effectivité d’une telle mesure serait une première dans l’histoire du Conseil. En outre, s’est ouverte lundi la session annuelle du Conseil des droits de l’homme qui verra au cœur des débats la question libyenne.

Nonobstant cette intervention, nous sommes effarés de l’aveuglement de certains pays européens. Kadhafi et ses actions sont sans scrupules, mais comment pouvons-nous qualifier le comportement du gouvernement italien sachant qu’elle a fourni au Raïs, entre 2008 et 2009, 250 millions d’euros en armes [12] qui auront contribué à la répression de cette révolte populaire ?

Crédit photo : Derek Visser


[1] Discours du Conlonel Muammar Al-Kadhafi en date du 22 février 2011, dans Libération, HÉLÈNE DESPIC-POPOVIC, Kadhafi promet de « purger la Libye », paru le 23 février 2011, www.libération.fr

[2] SINGER ENRICO, Dall’ asse del male all’asso di Obama, in RISK n°7, 29 janvier 2010

[3] JOZSEF ERIC, Italie une liaison sulfureuse pour Silvio Berlusconi : le Cavaliere a dénoncé très tardivement les violences en Libye, in Libération.fr, rubrique monde, paru le 23 février 2011

[4] A la fin du Sommet de la ligue arabe, Silvio Berlusconi fit un baisemain à Kadhafi, 27 mars 2010

[5] JOZSEF ERIC, Ibid.

[6] Idem

[7] Liberti Stefano, L’Italie et la Libye main dans la main, in Le monde diplomatique, 25 mai 2010

[8] Idem

[9] PADULA Francesca, Sui flussi verso l’Italia pesa l’effetto domino, il sole 24ore, paru le 28 février 2011

[10] JOZSEF ERIC, Ibid.

[11] Le Point.fr, Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU au chevet de la Libye, publié le 28 février 2011, http://www.lepoint.fr/monde

[12] BONINI Carlo, Missili ed elicotteri, così l’Italia ha armato le milizie del rais, il Dossier, esteri, in la Repubblica, paru le 27 février 2011, www.larepubblica.it



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Vivien
4 mars 2011
14:20
Les relations italo-libyennes : une compromission historique

Excellent article ! Bien documenté et éclairant !

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Auteurs

Maria DE LUCA
Étudiante à l’Institut européen de l’Université de Genève, Maria De Luca a poursuivi des études en sciences politiques et relations internationales à la LUMSA, Libera Universita Maria Ss. Assunta, à (...)

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