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Dusan Sidjanski : "Les gens doivent comprendre que si l’euro est remis en question, tout le reste l’est aussi."



Le Professeur Dusan Sidjanski est une figure très respectée dans le milieu académique. Ses nombreux travaux liés aux problématiques fédéralistes, demeurent des références en la matière. En outre, en plus d’avoir fondé le département de science politique de l’Université de Genève, l’universitaire suisse a personnellement connu un certain José Manuel Barroso. Depuis, il est resté proche de ce dernier et le conseille même ponctuellement sur certains dossiers importants. Ce qui fait de lui un acteur et un observateur privilégié de la vie politique européenne. Récemment, le Professeur Sidjanski a accepté de répondre aux questions de trois étudiants de l’Institut européen de l’Université de Genève pour Euros du Village :

Pouvez-vous nous parler de votre fonction de conseiller du président de la Commission européenne ?

Ma fonction est triple : je suis associé au BEPA (Bureau of European Policy Advisers) qui est un organisme chargé d’analyser les problèmes politiques européens et faire de la prospective. Ensuite, je suis conseiller spécial de José Manuel Barroso. Enfin, je suis également un ami intime du Président. En effet, ce dernier a été mon assistant à l’Université de Genève et j’ai même partagé mon bureau avec lui pendant de nombreuses années. Grâce à cela, je suis capable de lui dire exactement ce que je pense -et je ne pense pas toujours de manière très orthodoxe-, ce qui est impossible pour d’autres (dans son cabinet notamment).

En tant qu’observateur privilégié de la politique européenne, quel est pour vous le challenge politique numéro un pour la Commission ?

Il est évident qu’aujourd’hui le problème numéro un est l’euro. Toute défaillance de l’euro aurait un impact terrible. Si l’on continue avec la méthode actuelle, pays par pays et pas avec une solidarité plus importante, on risque d’avoir un ou deux États qui sortent de la monnaie unique. D’autre part, et c’est une analyse personnelle, les grands pays exportateurs (comme l’Allemagne) en souffriraient grandement. En effet, le cours de l’euro risquerait de s’envoler et de diminuer leurs avantages compétitifs.

Les gens doivent comprendre que si l’euro est remis en question, tout le reste l’est aussi.

Justement, quelle est la stratégie de la Commission afin d’éviter de nouvelles crises de la dette ?

Tout d’abord, il y a le FESF (Fonds européen de stabilisation financière), constitué de plusieurs centaines de milliards d’euros, qui a été mis en place en cas de risque de défaut. Il est intervenu en Grèce, il intervient maintenant en Irlande et il est prêt à intervenir dans d’autres pays. À ce sujet, il faut savoir que l’Allemagne ne contribue à ce fonds que de manière proportionnelle. Ainsi, l’idée selon laquelle elle consentirait à un effort particulier est erronée. En fait de stabilisation, ce fond devrait plutôt se rapporter à une solidarité européenne.

Ensuite, il convient de préparer d’autres outils. Aussi, l’approche allemande, insistant sur les sanctions, se trompe lourdement. Il faut encourager ces économies et non les punir. La Commission doit donc faire plus pour soutenir les petites et moyennes entreprises (startups incluses) des pays concernés car c’est là qu’il convient de "redonner un souffle". D’ailleurs, cette dernière a un programme à ce sujet et a déjà envoyé des petites équipes d’experts auprès du gouvernement grec afin d’améliorer leur compétitivité.

La Commission ne doit-elle pas aussi s’assurer d’une plus grande transparence dans les comptes publics de ces États ?

Il faut bien avouer que les organes de l’UE, dont la Commission, sont co-responsables, d’avoir fermé les yeux sur certains cas, comme celui de l’Irlande et de la Grèce. Dans ce dernier cas, un manque de contrôle est criant. D’autre part, certains pays sont aussi responsables de cette "fuite en avant" budgétaire. C’est le cas de l’Allemagne qui a profité du réarmement grec. N’oublions pas que de nombreux chars d’assaut et même deux sous-marins ont été vendus par Berlin à la Grèce il y a peu.

Suite à la crise financière de 2008, la Commission Barroso II a-t-elle l’intention d’élaborer davantage de régulations économiques ?

Il n’y a pas de doute à ce sujet. On est parti dans une direction totalement différente. Si vous étudiez les projets des Commissaires Barnier et Rehn, cela apparaît très clairement. À ce propos, j’ai proposé, dans le cadre du BEPA, de procéder à une synthèse de ces nouvelles législations afin d’en améliorer la visibilité (car elles s’apparentent souvent à des labyrinthes indéchiffrables même pour des experts reconnus). Il faut donc une approche globale et non pas parcellisée.

Pensez-vous que la méthode intergouvernementale est en train de devenir incontournable dans le système politique européen ?

La procédure législative naturelle passe par une proposition de la Commission et une décision du Conseil et du Parlement. La logique intergouvernementale cherche à brouiller ce processus en intervenant très tôt. Parfois, elle réussit très bien. Toutes ses formules de consultations (MOC –méthode ouverte de coordination- incluse) en font partie. Ces sortes de pré-négociations au niveau intergouvernemental représentent un vrai danger. En ce sens, j’ai d’ailleurs rédigé un article intitulé "la tentation intergouvernementale". J’y presse José Manuel Barroso de prêter attention à cette problématique. Je sais qu’il n’en pense pas moins que moi néanmoins. Cela étant, il se trouve dans un circuit complexe dans lequel sa marge de manœuvre est réduite.

Quel est votre sentiment sur l’évolution de la démocratie participative dans l’UE ?

Le volet "participatif" ne correspond pas à une innovation très importante. Le traité de Lisbonne ne fait que le consacrer de manière plus explicite un concept qui existait déjà auparavant. Maintenant la question qui se pose est la suivante : quelle est la représentativité de ceux que vous consultez ? Pour ce qui est de l’institution d’une initiative, il faut savoir que j’ai toujours été favorable aux référendums au niveau européen, à la différence de ceux nationaux qui se sont révélés anti-démocratiques vu les minorités de blocage qu’ils consacraient. Cela étant, je me pose des questions sur la faisabilité de cette initiative. Selon moi, cela demanderait trop de moyens financiers, ce qui favoriserait par conséquent les intérêts détenant des moyens financiers importants. En outre, toute sorte de procédures de contrôle très compliquées devrait être mise sur pied. Enfin, on peut aussi parler des problèmes liés à la représentativité (signatures dans un nombre d’Etats minimum).

Pour ma part, j’ai toujours préféré les formules de consultations (les plus ouvertes possibles afin d’être représentatives) des différents groupes sociétaux européens. C’est ce qui procède de la "gouvernance multi-niveaux".

Vous vous êtes beaucoup intéressé à la problématique du Kosovo, pensez-vous que la poursuite du soutien européen (EULEX) est justifiée ?

Le Kosovo est un problème qui a été résolu de façon "anti-européenne" parce que l’on a créé un État à majorité kosovare et avec une forte minorité serbe (reliée à une longue tradition historique et culturelle). Au début, j’ai fait une proposition au président Tadic et à José Manuel Barroso. L’idée était de trouver une formule de partage de la souveraineté Kosovo-Serbie dans une perspective européenne et non pas de créer des États ex-nihilo. Ces États nouveaux créent des frontières.

Maintenant, EULEX est justifiée par le fait qu’elle contribue au respect des droits humains, qu’elle impose des normes et qu’elle a la capacité de lutter efficacement contre la corruption. N’oublions pas que le Kosovo demeure très corrompu et basé sur un système politique clanique. Néanmoins, l’aspect financier de cette mission constitue un autre paramètre important. En effet, EULEX risque de devenir un “puits sans fond" ces prochaines années.

En tant que suisse, comment voyez-vous le futur de l’intégration européenne de votre pays ?

J’ai toujours été favorable à l’adhésion de la Suisse à l’UE. Je pense que la Suisse a manqué nombre d’occasions importantes où elle aurait pu avoir une influence très importante sur l’avenir de l’UE (au même titre que des pays comme le Luxembourg pourtant très peu peuplés) Par ailleurs, il faut savoir que nous sommes économiquement et financièrement très intégrés en Europe. Cela étant dit, les obstacles à l’adhésion de la Suisse sont connus : ce sont principalement les instruments de la démocratie directe.

Justement, que pensez-vous du projet d’initiative intitulée "Pour un moratoire sur l’adhésion à l’UE " visant à empêcher toute demande d’adhésion suisse pour ces dix prochaines années ?

Ceci est totalement ridicule, si vous agissez ainsi vous donnez un signal à l’UE tout à fait négatif. Ainsi, les avantages sectoriels dont la Suisse profite pour le moment seraient en danger. À ce sujet, il ne faut pas oublier que pour Berne, l’UE est le partenaire numéro un mais ce n’est pas réciproque. Il y a donc une asymétrie dans cette relation bilatérale. La Suisse est un pays fragile, qui a été attaqué sur son secret bancaire, s’est souvent retrouvé isolé et en même temps a beaucoup bénéficié de la stabilité confortée par l’UE.

—  Crédit photo : http://www.dusan-sidjanski.eu



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Axel
18 décembre 2010
23:22
Dusan Sidjanski : "Les gens doivent comprendre que si l’euro est remis en question, tout le reste l’est aussi."

Merci aux auteurs du blog pour cette interview très intéressante. J’aimerais cependant vous poser quelques questions parce qu’à l’heure actuelle les questions-réponses de l’article me semblent passer outre certains éléments très importants. En premier lieu, la régulation : Nous sommes au bord d’un effondrement du système bancaire européen en raison du risque de défaut des dettes souveraines, les Etats ayant été mis en difficulté budgétaire en raison du sauvetage du système financier qui s’est fait à coup de milliards d’€ de fonds publics. M Sidjanski parle de « plus de régulation » soit disant à l’ordre du jour, c’est une blague ? J’attends toujours le rapport (et pourquoi pas la directive) de l’UE préconisant (imposant) la séparation des banques de dépôts et d’investissement, limitant de façon drastique les bonus et autres rémunérations indignes, limitant les activités de finance de marché qui ont atteint un stade où elles nuisent de façon dramatique à l’économie réelle, et réautorisant les Etats à emprunter à taux zéro pour financer les investissements productifs (on peut rêver). M Sidjanski, à ce stade de la crise, des mesures drastiques (et simples comme celles évoquées) devraient déjà avoir été prises, leur absence des rapports que vous citez en dit long sur l’Union Européenne.

« Les gens doivent comprendre que si l’euro est remis en question, tout le reste l’est aussi. » En France, il n’y a guère que les élites pour ne pas croire que « les gens » ne remettent pas l’union européenne en cause, dans son ensemble : euro, espace schengen, traités, députés européens et technocrates de la commission, etc...

« La Commission ne doit-elle pas aussi s’assurer d’une plus grande transparence dans les comptes publics de ces États ? » Cette question m’a laissé pantois : de quel droit une commission composée de personnes non élues par les peuples européens se permettrait-elle de juger l’emploi des fonds publics de nations souveraines dont les dirigeants, eux, sont dépositaires de la souveraineté populaire ?

Enfin, je n’ai pu m’empêcher de reconnaître le mépris des technocrates pour la souveraineté populaire dans ces phrases de M Sidjansky : « il faut savoir que j’ai toujours été favorable aux référendums au niveau européen, à la différence de ceux nationaux qui se sont révélés anti-démocratiques vu les minorités de blocage qu’ils consacraient. » « Cela étant dit, les obstacles à l’adhésion de la Suisse sont connus : ce sont principalement les instruments de la démocratie directe. » Salaud de peuple ! S’il pouvait nous foutre la paix au lieu de s’accrocher à sa souveraineté on pourrait lui imposer nos projets en paix ! Il y aurait encore beaucoup à dire, mais je préfère m’arrêter là.

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Cenni NAJY
19 décembre 2010
00:11
Dusan Sidjanski : "Les gens doivent comprendre que si l’euro est remis en question, tout le reste l’est aussi."

Bonsoir,

Cet article correspond au compte-rendu d’un entretien avec le professeur Sidjanski. Les opinions et les prises de position qu’il y exprime n’engagent que lui. Par conséquent, vous comprendrez qu’il m’est impossible de répondre à vos questions et autres critiques.

Cordialement,

Cenni Najy



Auteurs

Luca BERNARDI
Diplômé en Sciences Politiques à l’Université de Genève, Luca Bernardi a choisi d’élargir son cursus à des études en Relations Internationales et a obtenu parallèlement à ses études un Certificat en (...)
Mathieu CAMESCASSE
Diplômé de l’Université Libre de Bruxelles (Bachelier en science politique) et ayant effectué sa troisième année de Bachelier à l’Université de Lausanne, Mathieu Camescasse est actuellement étudiant en (...)
Cenni NAJY
Étudiant en master à l’IEUG depuis septembre 2009, il a auparavant étudié les relations internationales à l’Université de Genève, avec un travail de fin d’études consacré aux milieux économiques suisses (...)




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